Homme blanc mort

29 04 2008

Dans mon premier cours d’introduction à la littérature, une éminente prof parisienne nous avait lancé cet avertissement:

“Plus de 80% des livres que vous allez lire au cours de votre parcours universitaire auront été écrits par des hommes blancs morts. Voilà, c’est dit. La littérature française est un homme blanc mort.”

Cette déclaration, certes choquante, m’a poussée vers “les autres”. Ceux qui n’étaient pas blancs, ceux qui n’étaient pas morts.

Je me suis tournée vers cette littérature satellisée, folklorisée par la métropole qui, bien souvent, absorbe et fait siens les auteurs brillants qui, par un “malheureux accident”, ne sont pas nés en terres françaises… Et aussi vers les femmes qui, longtemps, n’ont pas été prises au sérieux et qui, malheureusement, ne semblent toujours pas avoir le même “poids intellectuel” que ces messieurs…

Poussée, dis-je, par un grand sentiment d’injustice, un brin naïve (ah! fougueuse jeunesse!), mes inclinaisons m’ont fait découvrir des auteurs comme Boualem Sansal et son magnifique Harraga, Roberto Bolaño, avec son roman-fleuve 2666, Ernesto Sábato, ou les méandres de la jalousie amoureuse (El Túnel).

Puis, il y a eu les îles, avec Césaire, et aussi une poignée d’auteurs de l’Afrique noire, Senghor, surtout. Bien peu, malheureusement, car la publication de livres n’y est pas une mince affaire. Sidi Seck, poète sénégalais, dont je tiens à souligner le travail exceptionnel (il est l’âme de la petite maison d’édition Takusan Ediciones, sise à Barcelone), résume bien la situation:

“En Afrique, un livre coûte deux kilos de riz”.

Que peut-on répondre à ça?

Mais cette fois-ci, il y a un homme noir mort.

Et on le pleure, et on se rappelle ses mots si vibrants, sa bouche cousue nous plongeant dans l’affliction. Et en même temps, on reprend espoir. On pince le linceul délicat, du bout des doigts, et on le lance en l’air, dans l’attente qu’un jour, la littérature s’étende au-dessus des continents comme un voile translucide, irisé, toutes couleurs et tous genres confondus.

Mes respects, Monsieur Césaire. 

Bolaño, Roberto. 2666, Éditions Anagrama.

Sábato, Ernesto. El Túnel, Éditions Cátedra.

Sansal, Boualem. Harraga, Éditions Folio.

Pour les publications de Takusan Ediciones (en Catalan et en Espagnol) voir:

http://www.takusanediciones.com



Batbad

29 04 2008

Une promenade au coeur de Batbad, c’est ce que nous offre Emmanuel Papillon, qui a créé un site extraordinaire, une mécanique vivante, un kadéiloscope (les images changent à chaque visite!) en hommage à Fred et au monde fou de son Philémon, personnage un peu naïf qui, après être tombé dans un puits, se retrouve sur les lettres du mot “Océan Atlantique” de la mappemonde.

Ces lettres, ce sont des îles où les pianos poussent dans les champs, où les baleines sont des galères, où les miroirs ont du retard, où les hiboux, la nuit, deviennent phares…

Des dessins magnifiques, psychédéliques, où les couleurs se mélangent pour former la trame de cette BD hors du commun, qui critique subtilement notre société contemporaine tout en nous faisant voyager aux confins de l’imaginaire.Baleine-galère

Bienvenus à Batbad…

 www.batbad.com



Proust-prout-prout

28 04 2008

Bon, on va mettre les points sur les i tout de suite: j’aime pas Proust.

AAAAH! Sacrilège!!!

Oh, arrêtez, à la fin! Proust est devenu un symbole de snobisme littéraire!

“T’as lu Proust, toi?”

- Oui.

- Aaaah, OK, tu fais partie de la gang

- Mais j’ai détesté, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé (ni ma madeleine… héhé).

- QUOI?!!

- Ben oui, je le sais, dès lors ça fait de moi une femme de peu d’intelligence, une nouille insensible qui manque de profondeur…

(Et la gang de Proustien de se revirer de bord, drapée dans son indignation.)

- Hey! En passant, j’aime pas Rousseau non plus! m’exclame-je.

(C’en est trop! Les Proustiens prennent leur toge à leur cou et déguerpissent.)

;-)



Coup de soleil et concombres

27 04 2008

Mon premier coup de soleil de la saison. Ça brûle, j’ai chaud! Moman! Ma peau est une feuille de métal qui se froisse et crisse contre les draps. Inutile de vous dire que j’ai passé une partie de la nuit en veille…

Ce matin, je suis donc d’une humeur légèrement massacrante (héhé, j’aime bien cette figure de style), rien à envier à Monsieur G! Ou plutôt, oui, tout à envier… Je suis terriblement envieuse, ce matin. Je sais que ce n’est pas très catholique, que ma mère ne serait pas fière de sa fille, mais que voulez-vous, ça m’arrive… Mon coup de soleil m’a laissé l’esprit à vif. Comme la brûlure d’un mégot de cigarette puant imprimée dans l’âme. Ouach!

Je suis fru!! Je vous explique:

J’ai fait un petit tour du printemps littéraire au Québec, sur Internet… pour m’apercevoir qu’on ne parle que de concombres dans les médias! Mais qu’est-ce que c’est ça? Bon, je n’ai rien contre les concombres, ni contre les auteurs à succès, ils travaillent durement eux aussi, j’en conviens.

Ce qui m’a énervée, c’est que, dans certains cas, les journalistes semblent ne pas vouloir se mouiller. Quand un livre est mauvais, quand un critique n’aime pas un roman, un essai, une pièce de théâtre, il est en droit et en devoir de le dire! Autant que lorsqu’il a été séduit.

Parfois, un livre bénéficie d’un battage médiatique sans précédents sans pour autant que le lectorat soit informé de la valeur intrinsèque de la chose. Par exemple, dans le cas des fameux concombres dont je parle, on a interrogé plusieurs fois l’auteure, on lui a posé des questions sur le lieu où elle demeure, sur ce qu’elle mange, sur son point de vue au sujet de la génération des 25-35 ans. Très bien, jusque là, je n’ai pas d’objections.

Mais quand j’ai voulu connaître l’opinion des critiques au sujet du roman en soi, silence. Une seule journaliste, qui a bien aimé le livre, a donné son avis. Et quelques blogueurs-lecteurs, qui ont détesté. Ce silence me semble lourd de significations.

D’un côté, on peut interpréter que certains journalistes qui n’ont pas aimé, posent des questions futiles à l’auteure en entrevue pour faire transparaître, justement, la futilité du livre. D’un autre, on peut penser que ces mêmes critiques n’ont pas osé donner leur avis, parce que l’auteure est connue, qu’elle est populaire et qu’ils viennent de la passer en entrevue! Dangereux silence.

Vous allez me dire: “Ben voyons, t’es juste jalouse parce que tu viens de publier un roman et que tu ne vendras jamais autant qu’elle! Tttttt, c’est pas beau, ça, mademoiselle!”

Jalouse? Sûrement un peu. Mais surtout, frustrée! Je voudrais des critiques, c’est sûr! Pas nécessairement de l’attention, pas des entrevues dont les questions seraient du genre “Quel-livre-apporteriez-vous-sur-une-île-déserte-nommez-moi-5-films-qui-vous-ont-marquée-aimez-vous-la-tourtière?” (premièrement, parce que, me connaissant, je bloquerais un bon vingt minutes avant de pouvoir bafouiller des réponses nunuche que je regretterais immédiatement - au contraire de Monsieur G, qui a un sens de la répartie extraordinaire, je dois mijoter et mâchouiller les choses longuement avant de réussir vraiment à me souvenir de ce qui m’a marquée et à livrer le fond de ma pensée, et donc, ces listes-éclairs me font trembler un peu - deuxièmement, parce que je préfère que le journaliste me donne franchement son avis, qu’il me questionne sur le contenu de mon livre et non pas sur celui de mon assiette qui n’est pas, à mon sens, d’intérêt public) mais des critiques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, pour nourrir mes réflexions, établir un dialogue, débattre. Et j’en souhaite, des critiques, à tout le monde! À tous les auteurs, peu importe qu’ils soient connus ou non. Aux concombres aussi, pardi!

Je me souviens que, dans un certain journal, il y avait souvent 2 critiques du même livre ou film. Une de la part d’un journaliste qui avait aimé, l’autre de la plume d’un collègue qui n’avait pas aimé. Je trouve cette formule tellement intéressante!

Enfin, cette histoire de coup de soleil et de concombres me donne envie, plus que jamais, de poursuivre mes lectures des “worst sellers” et de continuer à vous rapporter les cailloux brillants et les fougères délicates que je découvre, ravie, dans les profondeurs de la forêt.



Des livres et des roses

24 04 2008

Bon, le titre est un peu quétaine, j’en conviens, mais qu’y puis-je? C’était VRAIMENT la journée des livres et des roses, hier, à Barcelone. La fête de San Jordi, patron des Catalans.

Un peu sonnée par le décalage horaire et étourdie par les millions de Barcelonais qui avaient envahi les rues du centre-ville, j’ai déambulé avec Monsieur G, une rose entre les dents (OK, juste le temps d’une photo, parce qu’une rose, c’est plein d’épines, n’est-ce pas….)

Monsieur G chiâlait un peu, comme à son habitude, pas trop quand même, puisque je venais tout juste de débarquer en ville, il chiâlait donc, sur le sort de la littérature, sur le fait que tout le monde se précipite pour acheter des livres cette journée-là seulement, surtout ceux qui ne lisent jamais… que c’est une grande foire commerciale, que les maisons d’édition mettent le paquet pour les auteurs connus (pas nécessairement synonyme de “bons auteurs”), délaissant franchement les auteurs moins connus (comme sa chérie). Je l’ai laissé grommeler à son aise, puisque j’étais assez d’accord avec lui.

Malgré tout, malgré tout, je pense qu’une journée comme celle-là, pour les “vrais de vrais” bouquineurs, peut être une belle occasion de faire des découvertes, quand on furète et qu’on fouille pour la peine, et que si ça peut inciter les gens à lire, ne serait-ce qu’un unique livre par année, même s’il s’agit du Code Da Vinci, c’est déjà très bien et que les roses, ça sent bon, même à 5$ la fleur (d’ailleurs, les gars, le jour des roses, IL FAUT ABSOLUMENT acheter une rose à vos blondes, même si c’est commercial, même si c’est conformiste, parce que sinon…. l’enfer conjugal vous attend!) ;-) Et puis moi, j’aime bien observer les gitanes qui nous les vendent, avec leur longs cheveux noirs et leurs jupes colorées, balayant les pétales piétinés qui jonchent les trottoirs.

Nos trouvailles de cette année:

Récits de la paume de la main, du japonais Yasunari Kawabata, prix Nobel de littérature de l’année 1968. Une série d’histoires miniatures qui, comme le titre l’indique joliment, tiennent au creux de la main.

The latest answers to the oldest questions, de l’anglais Nicholas Fearn, dont le titre espagnol m’a fait rigoler “El filósofo en zapatillas” (Le philosophe en running shoes)  - un livre parfait pour moi, qui suis une cancre de la philosophie, au grand désespoir de Monsieur G. ;-)

Et enfin,  Les 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie, de Peter Boxall et José-Carlos Mainer. Juste pour faire pousser notre bibliothèque un peu plus, au grand désespoir de Monsieur G, encore une fois, qui est partisan du minimalisme (ou plutôt du monastérisme, si vous me passez l’expression… héhé)

Comptes rendus à suivre…



Au balcon avec Andreï, Dany, Yasmina et les autres…

24 04 2008

La fin de semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’être invitée au Salon du livre de Québec et comme je n’avais pas une longue file de fans qui m’attendait (mais plutôt une longue file de matantes, mes matantes, qui m’ont gentiment tenu compagnie), j’ai eu le loisir de déambuler entre les kiosques et de faire ma groupie, moi aussi. D’abord, il y a eu Andreï Makine, accessible, gentil et beau comme tout! Et puis Dany Laferrière, rieur, enjôleur. Yasmina Khadra aussi, politique, engagé (et charmeur, comme tout bon maghrébin!) Des auteurs intelligents, souriants, disponibles. C’était beau de voir ça! On les aurait presque invités à siroter un café sur notre balcon, dans la cours arrière qui fait face à la ruelle, là où tant de fois, ils nous ont distraits de nos petits malheurs. Et continuer à jaser…



Pécadilles

21 04 2008

C’est mon amie! Ma plus vieille branche. Elle est drôle, patenteuse et blogueuse! En fait, c’est mon héroïne de blogue… je l’avouuuuue, je suis vendue!

Allez faire un tour, vous ne serez pas déçus!

http://despecadilles.com/



La fièvre du lundi soir

21 04 2008

Je n’avais pas regardé un match depuis… 10 ans, peut-être? Et surtout, je n’avais jamais regardé un match, AVEC MA MÈRE!!!! En pantoufles et robes de chambre, la pizza refroidissant sur la table, des brownies plein la bouche. On a crié, on a rit, on a grimacé à chaque fois qu’un de “nos gars” se faisait plaquer dans la bande. On a quasiment sorti nos bas de laine et nos tuques! C’est fou ce qu’une petite poque et une bande de grands Jack en sueur peuvent provoquer… frissons et fous rires entre mère et fille. Et un billet sur le Hockey sur mon blogue!! Qui l’eût cru? Go Canadiens, Go!! ;-)