Mon premier coup de soleil de la saison. Ça brûle, j’ai chaud! Moman! Ma peau est une feuille de métal qui se froisse et crisse contre les draps. Inutile de vous dire que j’ai passé une partie de la nuit en veille…

Ce matin, je suis donc d’une humeur légèrement massacrante (héhé, j’aime bien cette figure de style), rien à envier à Monsieur G! Ou plutôt, oui, tout à envier… Je suis terriblement envieuse, ce matin. Je sais que ce n’est pas très catholique, que ma mère ne serait pas fière de sa fille, mais que voulez-vous, ça m’arrive… Mon coup de soleil m’a laissé l’esprit à vif. Comme la brûlure d’un mégot de cigarette puant imprimée dans l’âme. Ouach!

Je suis fru!! Je vous explique:

J’ai fait un petit tour du printemps littéraire au Québec, sur Internet… pour m’apercevoir qu’on ne parle que de concombres dans les médias! Mais qu’est-ce que c’est ça? Bon, je n’ai rien contre les concombres, ni contre les auteurs à succès, ils travaillent durement eux aussi, j’en conviens.

Ce qui m’a énervée, c’est que, dans certains cas, les journalistes semblent ne pas vouloir se mouiller. Quand un livre est mauvais, quand un critique n’aime pas un roman, un essai, une pièce de théâtre, il est en droit et en devoir de le dire! Autant que lorsqu’il a été séduit.

Parfois, un livre bénéficie d’un battage médiatique sans précédents sans pour autant que le lectorat soit informé de la valeur intrinsèque de la chose. Par exemple, dans le cas des fameux concombres dont je parle, on a interrogé plusieurs fois l’auteure, on lui a posé des questions sur le lieu où elle demeure, sur ce qu’elle mange, sur son point de vue au sujet de la génération des 25-35 ans. Très bien, jusque là, je n’ai pas d’objections.

Mais quand j’ai voulu connaître l’opinion des critiques au sujet du roman en soi, silence. Une seule journaliste, qui a bien aimé le livre, a donné son avis. Et quelques blogueurs-lecteurs, qui ont détesté. Ce silence me semble lourd de significations.

D’un côté, on peut interpréter que certains journalistes qui n’ont pas aimé, posent des questions futiles à l’auteure en entrevue pour faire transparaître, justement, la futilité du livre. D’un autre, on peut penser que ces mêmes critiques n’ont pas osé donner leur avis, parce que l’auteure est connue, qu’elle est populaire et qu’ils viennent de la passer en entrevue! Dangereux silence.

Vous allez me dire: « Ben voyons, t’es juste jalouse parce que tu viens de publier un roman et que tu ne vendras jamais autant qu’elle! Tttttt, c’est pas beau, ça, mademoiselle! »

Jalouse? Sûrement un peu. Mais surtout, frustrée! Je voudrais des critiques, c’est sûr! Pas nécessairement de l’attention, pas des entrevues dont les questions seraient du genre « Quel-livre-apporteriez-vous-sur-une-île-déserte-nommez-moi-5-films-qui-vous-ont-marquée-aimez-vous-la-tourtière? » (premièrement, parce que, me connaissant, je bloquerais un bon vingt minutes avant de pouvoir bafouiller des réponses nunuche que je regretterais immédiatement – au contraire de Monsieur G, qui a un sens de la répartie extraordinaire, je dois mijoter et mâchouiller les choses longuement avant de réussir vraiment à me souvenir de ce qui m’a marquée et à livrer le fond de ma pensée, et donc, ces listes-éclairs me font trembler un peu – deuxièmement, parce que je préfère que le journaliste me donne franchement son avis, qu’il me questionne sur le contenu de mon livre et non pas sur celui de mon assiette qui n’est pas, à mon sens, d’intérêt public) mais des critiques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, pour nourrir mes réflexions, établir un dialogue, débattre. Et j’en souhaite, des critiques, à tout le monde! À tous les auteurs, peu importe qu’ils soient connus ou non. Aux concombres aussi, pardi!

Je me souviens que, dans un certain journal, il y avait souvent 2 critiques du même livre ou film. Une de la part d’un journaliste qui avait aimé, l’autre de la plume d’un collègue qui n’avait pas aimé. Je trouve cette formule tellement intéressante!

Enfin, cette histoire de coup de soleil et de concombres me donne envie, plus que jamais, de poursuivre mes lectures des « worst sellers » et de continuer à vous rapporter les cailloux brillants et les fougères délicates que je découvre, ravie, dans les profondeurs de la forêt.