Dans mon premier cours d’introduction à la littérature, une éminente prof parisienne nous avait lancé cet avertissement:

« Plus de 80% des livres que vous allez lire au cours de votre parcours universitaire auront été écrits par des hommes blancs morts. Voilà, c’est dit. La littérature française est un homme blanc mort. »

Cette déclaration, certes choquante, m’a poussée vers « les autres ». Ceux qui n’étaient pas blancs, ceux qui n’étaient pas morts.

Je me suis tournée vers cette littérature satellisée, folklorisée par la métropole qui, bien souvent, absorbe et fait siens les auteurs brillants qui, par un « malheureux accident », ne sont pas nés en terres françaises… Et aussi vers les femmes qui, longtemps, n’ont pas été prises au sérieux et qui, malheureusement, ne semblent toujours pas avoir le même « poids intellectuel » que ces messieurs…

Poussée, dis-je, par un grand sentiment d’injustice, un brin naïve (ah! fougueuse jeunesse!), mes inclinaisons m’ont fait découvrir des auteurs comme Boualem Sansal et son magnifique Harraga, Roberto Bolaño, avec son roman-fleuve 2666, Ernesto Sábato, ou les méandres de la jalousie amoureuse (El Túnel).

Puis, il y a eu les îles, avec Césaire, et aussi une poignée d’auteurs de l’Afrique noire, Senghor, surtout. Bien peu, malheureusement, car la publication de livres n’y est pas une mince affaire. Sidi Seck, poète sénégalais, dont je tiens à souligner le travail exceptionnel (il est l’âme de la petite maison d’édition Takusan Ediciones, sise à Barcelone), résume bien la situation:

« En Afrique, un livre coûte deux kilos de riz ».

Que peut-on répondre à ça?

Mais cette fois-ci, il y a un homme noir mort.

Et on le pleure, et on se rappelle ses mots si vibrants, sa bouche cousue nous plongeant dans l’affliction. Et en même temps, on reprend espoir. On pince le linceul délicat, du bout des doigts, et on le lance en l’air, dans l’attente qu’un jour, la littérature s’étende au-dessus des continents comme un voile translucide, irisé, toutes couleurs et tous genres confondus.

Mes respects, Monsieur Césaire. 

Bolaño, Roberto. 2666, Éditions Anagrama.

Sábato, Ernesto. El Túnel, Éditions Cátedra.

Sansal, Boualem. Harraga, Éditions Folio.

Pour les publications de Takusan Ediciones (en Catalan et en Espagnol) voir:

http://www.takusanediciones.com