Quand on ose approcher un grand écrivain, une vedette de cinéma ou un musicien, c’est quasiment comme une date : on a chaud, on a froid, on transpire horriblement des paumes alors qu’on souhaiterait qu’elles soient douces et sèches pour serrer fermement la main tendue de la star souriante!

Comment ne pas tomber en disgrâce devant la personne avec laquelle on souhaiterait partager des moments d’intensité intellectuelle jubilatoire? Comment éveiller en elle une pointe de curiosité, une envie d’échanger avec un parfait inconnu? Il faut avoir quelque chose à donner, nourrir, poser des questions en colimaçon. Pas évident…

Moi, j’aurais plutôt une tendance naturelle à me sentir nouille, à bafouiller quelques niaiseries de groupie, ce qui aurait pour effet de me faire tomber irrémédiablement dans le « spam » spirituel de l’autre… j’ai donc souvent privilégié l’écriture, même si je suis capable de socialiser tout à fait convenablement avec mes semblables, si je m’y efforce.

Ce qui a de merveilleux (et de parfois terrible) avec Internet, c’est que ça nous a permis de rétablir la correspondance, de faire naître une sorte de « néo-épistolarité ». Plus que d’aller prendre une bière avec Pérec, souhait exprimé par Nicolas Dickner dans son dernier billet sur www.voir.com, moi je rêve d’un échange de longs courriels avec Kafka, Camus, Sandor Marai ou Juan Marsé.

Réminiscences de mon adolescence, sans doute, nostalgie de lettres enflammées, « philosophiques » à souhait, calquées sur celles de Madame de Sévigné ou de Marguerite Yourcenar, écrites sur du papier à lettre Snoopy, et qui scellaient nos amitiés éternelles.