L’Homme dans la mire

30 07 2008

Guibert vient de publier le 3e tome de La Guerre d’Alan, cette trilogie qui raconte en BD l’expérience d’un soldat de la Deuxième Guerre mondiale. A prime abord, le sujet peut paraître aride, mais le traitement qu’en fait l’auteur ne l’est pas du tout, la guerre n’étant qu’un prétexte pour explorer le terrain (parfois miné) des relations humaines.

J’ai découvert Guibert dans un party, chez une copine. Je fouinais distraitement dans sa bibliothèque lorsque je suis tombée sur la série de BD Le Photographe, qui dresse un portrait sensible de la guerre et de la vie en Afghanistan. J’ai immédiatement lâché ma bière et tout semblant de politesse et je me suis plongée dans la lecture de ces petits bijoux qui allient photojournalisme et dessin.

Une image vaut mille mots, dit-on. Je dirais qu’une vignette de BD vaut mille conversations éloquentes sur la politique internationale dans un party…



Navigation

17 07 2008

C’est l’été… vous me pardonnerez mes incartades hors du cyber-univers (ou ma paresse, tout simplement)… 

Cette fin-de-semaine, je ne vais pas naviguer sur les flots virtuels soulevés par des millions de bytes luminescents, je m’en vais me plonger dans la vraie vie, les embruns qui embuent les lunettes, les voiles claquant au vent, les méduses gracieuses et gélatineuses… la mer! La mer m’attend! Je suis heureuse!

:-)



Blogues littéraires québécois

14 07 2008

Il fallait absolument que je le mette, celui-là: un blogue qui liste tous les blogues littéraires du Québec, yesss!

http://lecteursquebecois.sffq.org/



Tataouiner

14 07 2008

Les mots les plus improbables prennent leur source dans les endroits les plus improbables. Voici un petit extrait d’entrevue avec Dany Laferrière, qui raconte:

J’arrive à Montréal en plein été 76, l’été de la note parfaite accordée à la petite gymnaste roumaine Nadia Comaneci aux Jeux Olympiques de Montréal. Je venais de quitter en catastrophe mon pays, tout excité à l’idée de commencer une vie nouvelle dans une nouvelle ville.
- Vous passez combien de temps au Québec?, me lance à brûle-pourpoint l’officier d’immigration.
- Je ne sais pas encore, ça va dépendre…
Je trouve assez mal poli de répondre directement à une question. Cela ferme toute conversation.
- Votre passeport.
Je tendis mon passeport avec une pointe d’angoisse.
- Vous avez un visa de touriste… Pas de tataouinage alors, vous ne pouvez rester que le temps inscrit sur votre visa…

Un mois plus tard. Dans un bar.
- Une bière.
- Blonde ou rousse?
Un moment d’hésitation.
- Faut pas tataouiner comme ça avec moi, me jette le barman avant de filer vers la table du fond.

La pleine lune
Cette jeune fille avec de hautes pommettes de princesse mongole que je vis assise sur un banc du petit parc Querbes, dans le quartier chic de la ville. On s’est regardés longuement, puis, sans un mot, elle se leva et partit. Mon destin s’est joué cette nuit-là en 45 secondes et 3/10.
- Si je n’avais pas tant tataouiné…
Je ne la revis que des années plus tard, un soir de pleine lune. Et là, je peux vous dire que je l’ai embrassée sous la première porte cochère, sans autre forme de procès.

On croit souvent à tort qu’un mot qui s’utilise seulement dans sa région est forcément né tout près de chez soi. Eh bien, quelle n’a pas été ma surprise de retrouver le mot “tataouiner” enfoui dans les sables du Sahara!!!!

En effet, “tataouiner” a longtemps attendu son heure, à-demi caché dans les dunes encerclant la ville de Tataouine, dans le Grand Sud tunisien (où on été filmées les fameuses scènes de Star Wars se déroulant sur la planète Tatooine…) Les Français auraient inventé ce verbe qui fait référence à un trait de caractère commun aux habitants de Tataouine, peu enclins à prendre des décisions précipitées.

Lorsque les colonisateurs furent boutés hors du pays, le mot s’accrocha à leurs bottes… et atterrit en terres québécoises où il trouva refuge. Il prit ses aises dans les étendues glacées, alors qu’il agonisait ailleurs.

Quel extraordinaire voyage!  



Rafa

6 07 2008

Vers 16h ou 17h, juste avant le souper, suspendue la tête en bas, les pieds insérés dans les anneaux qui pendaient à côté des balançoires situées en face du terrain de tennis, j’encourageais ma mère qui affrontait ma tante ou mon grand-père, avec force cris et applaudissements.

C’était l’été, au chalet.

Let’s go, m’man! Lâche-pas, m’man! Regarde, m’man, j’ai la tête en bas! Mon petit Wimbledon d’enfant. Je me souviens des fraises sauvages qui tapissaient le sol près de la porte grillagée où étaient accrochés les règlements d’utilisation du terrain, je me souviens du plaisir de grimper sur la chaise de l’arbitre et de dominer le jeu comme une reine, en faisant attention de ne pas marcher sur le nid d’abeilles caché aux pieds de la structure de bois. 

***

Je l’ai aperçu, un jour, déambulant seul dans l’aéroport de Palma, un grand Jack, les bras ballants, les bras trop longs, la démarche typique de l’adolescent qui revient à la maison, son sac de sport jeté négligemment sur l’épaule. Rafa Nadal. 

Et ce grand Jack-là, venu d’une petite ville de Mallorca, vient de nous offrir la plus belle finale de Wimbledon de tous les temps. Le goût des fraises, la pluie d’été, les paumes rouges et les grands élans. Mon petit Wimbledon d’enfant.  

¡Qué grande eres, Rafa!  ¡Olé!



Vivement lundi!

6 07 2008

Dimanche matin. DIMANCHE MATIN!!! Le voisin rénove à grand coups de scie ronde et de tronçonneuse (ça me fait un vibro-massage gratisssss dans mon lit), quelqu’un est en train de monter une scène pour un spectacle de danse sur la place du marché (marteaux et trompettes, s’il-vous-plaît!), quelques ivrognes traînent les relents d’une nuit folle dans leur manteau (en s’égosillant pour nous la faire partager, évidemment)…

L’Espagne, c’est beau, c’est ensoleillé, ça fleure bon l’ail et le jasmin… MAIS MAUDIT QUE C’EST BRUYANT!!!!

Barcelone, vieille ville en perpétuelles rénovations, pétaradante de toutes ses mobylettes qui paradent en ronds sur la place du quartier (quelle peste!), la voix claironnante de ses mégères qui s’enflamment à toute heure du jour ou de la nuit, ses vendeurs de gaz qui cognent sur leurs bouteilles de butane pour annoncer leur présence, les enfants qui font exploser les pétards qu’ils ont achetés chez le marchand du coin, le DJ amateur qui fait son show sur la terrasse d’en face, les klaxons indignés d’un conducteur qui veut sortir de son stationnement bloqué par une autre voiture mal garée, les cris de joie des singes du voisin qui cultive une jungle dans son jardin, l’alarme d’un magasin qui hurle à qui mieux-mieux sans que personne ne s’en formalise… AH!!!!! CE BRUIT!!!!!

Et en plus, la Ville nous a coupé l’eau par accident aujourd’hui…

Là, là, vraiment, señores… VIVEMENT LUNDI!!



Désert

5 07 2008

J’suis là! J’suis là!

Après une tourista des plus nobles, une attaque de puces de lit, un affrontement avec la proprio en furie d’une maison louée, le sirocco impitoyable qui nous soufflait son haleine torride au visage comme un séchoir à cheveux en pleine canicule et… un déménagement qui m’attendait au détour, je reprends du service!

(Vous avez dit vacances?????)

Ouf! Avec tout ça, je n’ai pu qu’effeuiller distraitement les premières pages du livre destiné à être mon “bouquin de vacances les pieds dans l’eau” (vu aussi le degré de concentration à peu près nul que nous avions sur la plage, pour cause de maghrébins bronzés aux sourires éclatants qui n’arrêtaient pas de déambuler devant nous en lorgnant vers ces petits bélugas échoués que nous étions - blanches et molles -  et qui nous empêchaient de lire avec force claquements de langues, psst psst, pchhh, pchhh, gazelles, gazelles!) Mais ce que j’ai parcouru m’a énormément plu. Jamais je n’avais entendu le désert rouler sous ma porte comme ça, jamais je n’avais senti le sable se couler si doucement sous ma joue.

Une description magnifique des dunes mouvantes, de l’immensité désolée, des lèvres craquelées des hommes bleus, du silence. Ça s’appelle Désert, c’est de Le Clézio. J’ai hâte, vraiment hâte, de retrouver la fichue boîte où il est caché!!

Le Clézio, J.-M. Désert, Éditions Gallimard.