Vu à Tunis

7 08 2008

J’ai eu la chance de visionner le film La Graine et le mulet du réalisateur tunisien Abdellatif Kechiche lors d’un séjour d’études à Tunis. J’ai trouvé intéressante la réaction des copains tunisiens qui sont venus au cinéma avec moi. Plusieurs ont voulu quitter après la première demi-heure, tant le début du film est lent et laborieux. Mais ils sont restés coincés sur leur siège puisque la salle était bondée. Et finalement, ils ont adoré.

C’est l’histoire de Slimane (incarné par l’excellent Habib Boufares), un immigrant tunisien, et de sa famille, installée à Sète, dans le Sud de la France. Il perd son boulot sur les chantiers navaux et décide de tenter sa chance dans la restauration. Slimane achète alors une vieille bicoque et la retape dans l’espoir d’ouvrir un charmant resto flottant, spécialisé dans le couscous au poisson, dont la cuisinière sera son ex-femme.

On nous a habitué aux rebondissements, aux histoires courtes, saccadées, à l’action rapide. La Graine et le mulet, c’est long, c’est pesant. Mais la vie d’immigrant pauvre dans le Sud de la France, c’est long aussi. Long d’ennui, de dur labeur, d’attente. Pesant, le racisme, pesante l’administration intransigeante.

La génération des vingt-trente ans qui habite les banlieues cossues de Tunis et rêve de partir pour l’Europe ou le Canada (destination très à la mode), de fuir le joug des traditions et du régime dictatorial, cette génération qui croit que « là-bas, tout sera plus facile », aurait tout avantage à lâcher les films d’action ou à l’eau de rose américains et à se plonger dans les films d’auteurs de Kéchiche, compatriote parti en éclaireur, pour éviter « la grande dégringolade », la perte brutale des illusions, une fois arrivés dans cet ailleurs idéalisé. Là-bas, « tout ne sera pas plus facile », les problèmes seront différents, voilà tout.

Et nous, spectateurs occidentaux, retenons bien la leçon: nous sommes tous un peu racistes, au fond, qu’on se le dise! Un racisme économique, plus pernicieux puisque dissimulé. Pour s’ouvrir aux autres, il faut leur faire une petite place, céder un morceau de terrain (et dieu sait qu’il y en a des kilomètres et des kilomètres de terrain, par chez nous!)

Les gens venus d’ailleurs ont tant à nous apprendre! Ils nous aident à réactiver des valeurs qu’on a oubliées; la famille, le soutien, le courage, la vaillance. Oubliez les Batman, Robin et compagnie (qui depuis quelques années renaissent de leurs cendres et connaissent un nouvel âge d’or au cinéma grâce à l’engouement d’un public en manque flagrant de héros). À l’ère des stars instantanées, des vedettes plus éphémères que jamais, de l’individualisme à outrance, de « dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es »,  le nouveau héro, c’est l’immigrant.







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