Voyage en Russie

13 10 2008

Quand j’étais toute petite, ma mère a visité la Russie. Les matriochka et les châles qu’elle m’a rapportés de son voyage ont fait ma joie des années durant! J’ai tant rêvé de ces contrées de glace et d’or!

Et voilà que cette fin de semaine… trois jours sous la couette, à écouter la pluie et le vent battre les fenêtres,  à voir la nouvelle Russie. J’ai beaucoup pleuré, un trop-plein de surprise et de tristesse, tandis que les nuages de plomb crevaient au-dessus de nos têtes. Pleuré pour Moscou, grand corps tuméfié, empoisonné par l’alcool et la colle. Pour l’âme des enfants, pendue à la corde de la corruption. Une immense nausée m’a renversé l’estomac. On m’a arraché mes châles et mes poupées de bois! Prenez une grande respiration et voyez:

Lilya forever

et

The children of Leningradsky

http://www.youtube.com/watch?v=j9ZAUcw5cVk

Et puis, soulagée, j’ai vu qu’il y avait aussi des clowns à Moscou. Oui, oui, des clowns au nez bleu (parce qu’il fait froid là-bas, évidemment!).

Art essentiel.

Cyniques, impertinents, poursuivis par le KGB dans leurs temps libres…

Les nez bleus, c’est ici:

(il y a tout plein de petits sketchs sur youtube – promenez-vous!!)



Conspirations!

14 09 2008

Terreur! Conspirations! Ah! Chères conspirations…

Obscur documentaire aux sources nébuleuses. Long! Sensationnaliste! Quétaine!

Paquet bien ficelé, petite bombe de cuisine… une vision globale et tentaculaire dans un tupperware, du tout cru dans le bec pour nos gésiers grand ouverts, des tactiques douteuses empruntées aux méchants dénoncés, bref, à prendre avec des pincettes.

MAIS il s’agit tout de même d’un film très déstabilisant, ne serait-ce que parce qu’il questionne les nombreux mythes et légendes qu’on nous a fait avaler depuis notre enfance, les institutions établies et leurs motifs.

Questionner, c’est la santé, n’est-ce pas? Prenez le temps de bien mâchouiller et régurgitez donc le message à vos amis et à votre famille… Ce documentaire ouvrira peut-être des débats sains et nécessaires, au-delà de ses nombreuses faiblesses. Une fois visionné, oubliez ce film. Oubliez-le car il ne vaut et ne prouve rien. Oubliez-le car il est endoctrinant et intransigeant. MAIS je vous invite à utiliser la paranoïa qu’il laisse flotter derrière, cette poussière qui enveloppe les êtres et les choses. Utilisez-la consciemment pour douter, creuser, enquêter. Utilisez-la comme tremplin à réflexions (avec beaucoup de prudence, évidemment). À chacun de retrouver son ”juste milieu”.

www.zeitgeistmovie.com (vous pouvez sélectionner avec sous-titres en français)

P.S. Et voici une liste de « sources » trouvées par un blogueur curieux. Il s’agit plutôt d’une bibliographie pouvant servir de point de départ à un voyage des plus intéressants.

http://www.conspiracyscience.com/articles/zeitgeist/sources/

Je vous invite également à fureter sur ce blogue, qui recense une foule de vidéos, conférences, articles de professeurs d’université, scientifiques, économistes, journalistes, pompiers, ingénieurs, etc. sur le sujet.

http://conscioussoul.livejournal.com/5630.html



Vu à Tunis

7 08 2008

J’ai eu la chance de visionner le film La Graine et le mulet du réalisateur tunisien Abdellatif Kechiche lors d’un séjour d’études à Tunis. J’ai trouvé intéressante la réaction des copains tunisiens qui sont venus au cinéma avec moi. Plusieurs ont voulu quitter après la première demi-heure, tant le début du film est lent et laborieux. Mais ils sont restés coincés sur leur siège puisque la salle était bondée. Et finalement, ils ont adoré.

C’est l’histoire de Slimane (incarné par l’excellent Habib Boufares), un immigrant tunisien, et de sa famille, installée à Sète, dans le Sud de la France. Il perd son boulot sur les chantiers navaux et décide de tenter sa chance dans la restauration. Slimane achète alors une vieille bicoque et la retape dans l’espoir d’ouvrir un charmant resto flottant, spécialisé dans le couscous au poisson, dont la cuisinière sera son ex-femme.

On nous a habitué aux rebondissements, aux histoires courtes, saccadées, à l’action rapide. La Graine et le mulet, c’est long, c’est pesant. Mais la vie d’immigrant pauvre dans le Sud de la France, c’est long aussi. Long d’ennui, de dur labeur, d’attente. Pesant, le racisme, pesante l’administration intransigeante.

La génération des vingt-trente ans qui habite les banlieues cossues de Tunis et rêve de partir pour l’Europe ou le Canada (destination très à la mode), de fuir le joug des traditions et du régime dictatorial, cette génération qui croit que « là-bas, tout sera plus facile », aurait tout avantage à lâcher les films d’action ou à l’eau de rose américains et à se plonger dans les films d’auteurs de Kéchiche, compatriote parti en éclaireur, pour éviter « la grande dégringolade », la perte brutale des illusions, une fois arrivés dans cet ailleurs idéalisé. Là-bas, « tout ne sera pas plus facile », les problèmes seront différents, voilà tout.

Et nous, spectateurs occidentaux, retenons bien la leçon: nous sommes tous un peu racistes, au fond, qu’on se le dise! Un racisme économique, plus pernicieux puisque dissimulé. Pour s’ouvrir aux autres, il faut leur faire une petite place, céder un morceau de terrain (et dieu sait qu’il y en a des kilomètres et des kilomètres de terrain, par chez nous!)

Les gens venus d’ailleurs ont tant à nous apprendre! Ils nous aident à réactiver des valeurs qu’on a oubliées; la famille, le soutien, le courage, la vaillance. Oubliez les Batman, Robin et compagnie (qui depuis quelques années renaissent de leurs cendres et connaissent un nouvel âge d’or au cinéma grâce à l’engouement d’un public en manque flagrant de héros). À l’ère des stars instantanées, des vedettes plus éphémères que jamais, de l’individualisme à outrance, de « dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es »,  le nouveau héro, c’est l’immigrant.



Les raisins de la colère

1 06 2008

Ce billet pourrait aussi bien s’intituler « Le maïs de la colère » ou le riz, ou le blé… (On a qu’à penser aux manifestations récentes en Haïti et ailleurs dans le monde contre la hausse scandaleuse du prix des denrées alimentaires de base.)  

L’oeuvre intemporelle de Steinbeck, magistralement portée à l’écran par John Ford en 1940, est en effet d’une actualité déconcertante.

Nous sommes aux États-Unis, au début des années 1930. De nombreuses familles de fermiers de l’Oklahoma sont contraintes à l’exil, leurs terres desséchées par les tempêtes de vent ou reprises par des grandes compagnies sans scrupule qui introduisent le tracteur, machine pouvant réaliser le travail de 10 hommes de façon plus rapide et plus efficace. À qui la faute? Le progrès, la compagnie, son président, la banque? Un responsable fuyant comme la terre qui s’effrite entre les doigts, une menace fantôme qu’on n’arrive jamais à bien identifier… « Qui dois-je descendre, alors? » demande le père de famille.  « Je ne sais pas, monsieur » de lui répondre le huissier.

La famille Joad, ainsi chassée de la ferme où elle a vécu depuis des générations, prend la route dans un camion brinquebalant, chargé à outrance, et se dirige vers la Californie, terre promise où la rumeur veut que le travail et la nourriture ne manquent pas.

Les personnages déchanteront rapidement et se verront attrapés dans l’engrenage de l’exploitation, du cheap labour pratiqué par les riches propriétaires épaulés par les forces de l’ordre offrant leurs services « au plus offrant ». Ils seront forcés d’errer de camps de travailleurs en campements de fortune, véritables bidonvilles où les enfants meurent de faim. Seul le campement du « Ministère de l’agriculture », rare oasis de fraîcheur dans ce désert de pauvreté, semble un endroit décent, où les habitants vivent dignement, participant activement à son organisation, formulant leurs règlements et jouissant de la protection de leur propre milice (la police doit d’ailleurs avoir un mandat pour pouvoir pénétrer dans le camp). Un gouvernement qui, bien qu’il semble vouloir protéger la veuve et l’orphelin, paraît bien impuissant à changer les pratiques inhumaines des grandes entreprises.

Il s’agit d’une critique du capitalisme sauvage et de la chasse aux communistes. Pourtant, le ton n’est jamais moralisateur, il n’y a pas de grands discours, tout au plus quelques monologues mais la réflexion demeure subtile. Les images sont saisissantes de réalisme et le jeu des acteurs est sobre, loin des grandes envolées lyriques caractéristiques du cinéma hollywoodien de l’époque, laissant toute la place au récit, ce qui permet au spectateur de se glisser dans la peau des protagonistes, de vivre pleinement « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Terriblement efficace.

Mais tout n’est pas que noirceur dans ce film. L’humour et l’espoir font partie du quotidien de la famille Joad et l’aîné a dans l’oeil une lueur qui le poussera à reprendre la route en quête de justice sociale, pour découvrir « ce qui ne tourne pas rond » dans ce système.

À voir ou à lire.

Steinbeck, John. Les raisins de la colère, Éditions Gallimard.

Adapté au cinéma par John Ford, avec Henry Fonda et Jane Darwell.    



Jia Zhangke

25 05 2008

Dans une récente entrevue accordée à TV33 dans le cadre du Festival de Cannes, le cinéaste chinois Jia Zhangke explique que son pays est en train de vivre de profonds bouleversements, à cause de l’ouverture des marchés et du mouvement de mondialisation, mais que, malgré cette ouverture, bien peu de véritables échanges culturels ont eu lieu.

Son film se veut un pont, une fenêtre sur la Chine, ses habitants, leur cosmogonie, leur vision du monde. J’ai très hâte de me laisser guider à travers les rues de Chengdu par ce brillant réalisateur qui, depuis ses touts débuts, a opté pour des productions privées, refusant de voir ses films soumis à la censure de la sphère publique.

Synopsis:

Le film du Chinois Jia Zhangke avec Joan Chen, Lu Liping, Zhao Tao, a pour décor la ville industrielle de Chengdu. L’usine 420 et sa cité ouvrière modèle disparaissent pour laisser place à un complexe d’appartements de luxe baptisé « 24 City ». Trois générations, huit personnages, se croisent entre nostalgie du socialisme passé pour les anciens et désir de réussite pour les jeunes. (Le Monde.fr)
 

Pour en savoir plus sur le septième art en Chine:

www.chinacinema.fr



Besos, besos y más besos

13 05 2008

Je n’ai pas encore visionné le nouveau film de Woody Allen « Vicky Cristina Barcelona », mais dieu que j’en ai entendu parler l’été dernier! Résidente de Barcelone depuis maintenant sept ans, je peux dire que la ville, ses habitants, ses visiteurs et ses dirigeants m’enchantent et m’exaspèrent à la fois. Quel tapage publicitaire autour de cette histoire de tournage!  

D’un côté, il y a… un immense champ de blocs gris, entassés les uns sur les autres. Quelques-uns adoptent des formes bizarres en tentant de s’approprier le moindre recoin disponible, d’autres s’étirent exagérément vers le ciel, comme pour mieux respirer. (…) Entre les pieds des géants subsistent parfois des maisonnettes d’ouvriers, dont les murs peints à la chaux s’effritent inexorablement sur les trottoirs et dont les portes et les fenêtres sont souvent condamnées. Et puis tout d’un coup, entre les détritus et les murs tachés d’urine, on découvre un bijou de l’Art déco, une perle de l’ère moderne, un chef-d’œuvre né de l’imagination colorée, somnambule, organique, de Gaudí. On entre alors dans la coquille vivante d’un escargot de verre. Un oiseau aux os creux où le vent s’engouffre et se plaint. Un labyrinthe dont les murs respirent de tous leurs pores. Une grotte cachée derrière une cascade limpide. C’est doux, c’est frais comme un fromage blanc. Et on apprend avec délice qu’il y en a d’autres, plusieurs autres. Et on aime alors cette ville clémente, qui laisse éclore la beauté sur un terreau immonde, jonché de la merde des chiens et arrosé de la pisse des hommes.

 De l’autre, la Barcelone lascive, ouverte à tous vents, fleurant l’huile solaire et affichant ses courbes pour les touristes. « Benvinguts a la millor botiga del món » scandait un slogan de la mairie « Bienvenus à la meilleure boutique du monde »… ouf! Le centre-ville, effectivement, n’est plus qu’une jolie vitrine pour les voyageurs fortunés qui viennent passer un week-end au soleil. Dommage. J’imagine que Paris, Londres ou Amsterdam souffrent du même mal…  

Il faut pénétrer dans les ruelles, fuir les grandes artères, grimper les collines qui l’entourent, venir découvrir cette ville extraordinaire en automne, quand les Barcelonais se réapproprient leurs Ramblas. Là, c’est une toute autre cité qui se dévoile. Authentique, fière et, chose surprenante, plutôt réservée. 

J’ai hâte de voir le film de Woody Allen, hâte de voir la Barcelone qu’il a capturée sur pellicule. Bon, la bande-annonce ne dit pas grand’chose… besos, besos y más besos, mais j’ai appris à ne pas me fier aux trailers. C’est à suivre…






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