Parler en dollars

1 09 2008

La semaine dernière, Le Devoir écrivait:

Environ 616 000 personnes travaillaient dans le secteur des arts et de la culture en 2003 (…)  

En 2007, la contribution directe du secteur culturel canadien à l’ensemble du PIB du pays a atteint quelque 46 milliards, ou 3,8 %.

Moi, je suis un peu écoeurée… écoeurée de devoir « parler en dollars » à des gens qui ne comprennent le monde qu’en dollars.

Quand pourrons-nous aimer, partager, voyager, travailler, créer sans avoir à justifier la présence de l’Art dans nos vies par l’argument économique??

ÉCOEUREMENT!!!!!



Funambules

1 09 2008

La culture au Québec ne tient-elle qu’à un fil?

Ça dépend de ce qu’on entend par « culture ». Les coups de coeur des grandes librairies commerciales (qu’on devrait plutôt appeler « coups de cash » puisqu’il y a belle lurette qu’ils n’ont plus grand’chose à voir avec le coeur – dixit ma soeur qui fut un temps libraire chez RB) ne risquent certainement pas de disparaître, la culture de masse non plus, choyée, encouragée… (ce qui n’est pas mauvais en soi, puisque ça permet à quelques artistes de vivre dignement.)

Celui qui risque gros, par les temps qui courent, c’est le funambule, l’artiste en équilibre qui jongle avec les miettes du banquet. Sa danse légère émerveille et attriste. Il évolue avec lenteur sur un fil de plus en plus ténu, suspendu au-dessus de nos têtes.

Oh funambule! Créature éphémère! Par ta grâce, je suis sur la pointe des pieds, le menton levé! Puisse la foule s’amasser sous ton échafaud, te pousser bien haut et, par ce geste, éloigner ses propres talons de la poussière!

Amants de la littérature et funambules, suivez le FIL:

http://www.festival-fil.qc.ca/2008/index.html



Jour J

31 08 2008

C’est le grand jour, oh! Voyageurs cybernétiques!!!

Oui!!! Il est enfin arrivé, le blogday!!!

Alors aujourd’hui, ça a l’air qu’on se célèbre en partageant nos petites passions coupables…

Voici donc 5 blogues où j’aime bien traîner:

www.despecadilles.com (scènes de la vie folle d’une mono-maman et de sa coquinette… je rigole à chaque billet!)

www.zviane.com/prout (un blogue BD allumé sur les aléas de la vie d’une apprentie musicienne – les leçons de théorie illustrées sont excellentes!)

www.elboomeran.es (un blogue littéraire et philosophique collectif – en espagnol – où il fait bon nourrir ses neurones)

www.desdecuba.com/generaciony/ (le blogue d’une jeune cubaine qui nous raconte les hauts et les bas de sa vie à La Havane, du point de vue de la « génération y »)

http://larecrue.net/ (un blogue qui, à chaque mois, nous présente le premier roman d’un nouvel auteur québécois – yesss!!)

Et puis, et puis, je profite de l’occasion pour vous présenter en grande pompe mon petit dernier: www.lesblogues.com/lacaravane

Allez jeter un oeil! (Pour en savoir plus, cliquez sur la section « À propos de La Caravane »).

Bonne journée, chers bloguinots et bloguinettes! 😉



Hammam

26 08 2008

À mon grand bonheur, le Voir publiait cette semaine un article au sujet des nouveaux Hammam qu’on retrouve à Montréal!! Yééééééé!!!! Bon, quand j’ai vu le prix, j’ai pas mal déchanté… mais Ah! Les joies du Hammam!!J’ai eu la chance de les découvrir lorsque je demeurais en Tunisie, je ne manquais pas d’y aller au moins à toutes les 2 semaines, puisque le prix était dérisoire – environ 5 dollars pour un traitement complet!!

D’ailleurs, la première fois que j’y ai mis les pieds, les Tunisiennes nous trouvaient bien sales, nous, les Occidentales, avec toute cette crasse accumulée qui jonchait le sol… quelle horreur!!!

Mais ce qui m’a le plus frappée, au Hammam, ce n’est pas la lumière tamisée et la vapeur, la masseuse qui vous frotte vigoureusement la peau, ses gros seins ballant au-dessus de votre visage, les odeurs de savon et d’huile ou les oranges qui flottent dans des bassines glacées et qu’on offre aux baigneuses pour se rafraîchir, non, c’est plutôt le côté social.

En effet, les femmes (et les hommes, à des heures différentes) se réunissent au Hammam comme on se réunit sur le balcon pour prendre une petite bière: elles jasent, elles rient, elles se lavent mutuellement les cheveux, se frottent le dos en choeur et échangent sur leur vie, leur famille. Les enfants jouent dans leurs pattes, les pieds dans les seaux d’eau, ça grouille de vie, au Hammam! Rien à voir avec les centres de beauté tous propres et parfumés des banlieues cossues de Tunis ou des villes occidentales. Bien sûr, je ne dirais jamais non à un bon massage et à un traitement de princesse avec onguents et crèmes précieuses mais j’avoue que j’ai une prédilection pour les Hammam authentiques, ceux des quartiers populaires, où on peut piquer « une jasette su’l perron » avec les voisines…

Si vous avez la bourse assez remplie, allez vous faire envelopper, peler ou tripoter, ça fait tellement de bien!! Et si le porte-monnaie déborde, quoi de mieux que de voler vers un pays arabe pour aller suer tout votre stress dans un Hammam authentique!

Saha !!



Boussa

25 08 2008

Boussa en tunisien, bec en québécois, kuss en allemand… la logistique des baisers est parfois bien embêtante, lorsqu’on voyage. L’aventurier n’a pas besoin d’aller bien loin pour se retrouver dans une situation embarrassante: déjà chez nous, c’est délicat… On fait la bise? On serre la pince? On préfère l’accolade? Ça dépend des familles, des situations!!

Si vous traversez l’Atlantique, alors là, ça devient carrément problématique! Les Français donnent 1,  2 ou 3 bisoux, selon la région!! En Espagne, la bise commence du côté gauche. Dans notre Belle province, c’est plutôt à droite que ça se passe… pauvre de moi!! Vous comprendrez maintenant ma maladresse… j’ai failli embrasser tellement de monde SUR LA BOUCHE! Quelle gêne!!!

Pour la Tunisie, c’est 2 bisoux pour les parents et amis qu’on voit tous les jours et 4 pour la « belle visite » qu’on n’a pas vue depuis longtemps. Le problème, dans ce cas, c’est de savoir ce que signifie « longtemps »… je ne compte plus les fois où l’on m’a abandonnée la joue en l’air…

Par contre, ce que j’aime bien en Europe et au Maghreb, c’est que les mecs s’embrassent et se font des accolades sans panique homophobe. En famille et entre copains, ils n’ont pas cette pudeur qui  nous caractérise. La distance corporelle n’est pas la même entre individus du même sexe. La barrière invisible entre « mon espace » et « ton espace » est quasiment abolie… malaise en vue pour le voyageur québécois!

Je me souviens d’une épopée à la toilette lors de ma première année en Espagne. Nous étions dans une discothèque et une copine m’a accompagnée au petit coin. « Accompagnée » est un grand mot: elle est carrément entrée dans la cabine avec moi, pour pouvoir continuer à me raconter une histoire passionnante. J’avais les genoux dans sa jupe… j’ai dû déployer de grands efforts de concentration zen pour pouvoir faire pipi, vous pouvez me croire!!!  

Enfin… à chacun de découvrir son « juste milieu » et de poser ses limites, tout en gardant l’esprit curieux!

Sur ce, bises, bécos, boussa, bisouxx, en pincettes ou autres!  😉



Vol JK5022

22 08 2008

153.

Trois petits caractères qui sentent la peau noircie et la chaire. Trois chiffres qui puent la mort et l’avidité des microphones qu’on presse sous le nez morveux de ceux qui sont restés.

153.

La peur imaginée, les pupilles dilatées devant l’horreur. L’estomac qui se vide au milieu des turbulences acides, fascination catodique morbide, le frisson au salon.

153.

Adieu tôle tordue et rentabilité!

Adieu voyages à rabais et crèmes solaires!

Pétrole visqueux et mer amère!

Vierge couronnée de roses plastifiées!



Poudre aux yeux

9 08 2008

Le peuple chinois a donné naissance à de grandes choses. Précurseur dans plusieurs domaines, il a, entre autres, inventé la poudre à canon, dont on rapporte l’apparition en Chine au VIe siècle.

Hier, il a offert au monde un spectacle pyrotechnique à couper le souffle, un ballet de feu et de couleurs qui a ému des millions de (télé)spectateurs. 

Et cependant qu’explosaient toutes ces flammes rouges, vertes et bleues dans le ciel noir, cependant que cette grandiose démonstration de beauté souffletait les visages ouverts, je me disais qu’il était bien triste et bien honteux que cette poudre magique ne serve pas seulement à alimenter de merveilleux feux d’artifices…



Vu à Tunis

7 08 2008

J’ai eu la chance de visionner le film La Graine et le mulet du réalisateur tunisien Abdellatif Kechiche lors d’un séjour d’études à Tunis. J’ai trouvé intéressante la réaction des copains tunisiens qui sont venus au cinéma avec moi. Plusieurs ont voulu quitter après la première demi-heure, tant le début du film est lent et laborieux. Mais ils sont restés coincés sur leur siège puisque la salle était bondée. Et finalement, ils ont adoré.

C’est l’histoire de Slimane (incarné par l’excellent Habib Boufares), un immigrant tunisien, et de sa famille, installée à Sète, dans le Sud de la France. Il perd son boulot sur les chantiers navaux et décide de tenter sa chance dans la restauration. Slimane achète alors une vieille bicoque et la retape dans l’espoir d’ouvrir un charmant resto flottant, spécialisé dans le couscous au poisson, dont la cuisinière sera son ex-femme.

On nous a habitué aux rebondissements, aux histoires courtes, saccadées, à l’action rapide. La Graine et le mulet, c’est long, c’est pesant. Mais la vie d’immigrant pauvre dans le Sud de la France, c’est long aussi. Long d’ennui, de dur labeur, d’attente. Pesant, le racisme, pesante l’administration intransigeante.

La génération des vingt-trente ans qui habite les banlieues cossues de Tunis et rêve de partir pour l’Europe ou le Canada (destination très à la mode), de fuir le joug des traditions et du régime dictatorial, cette génération qui croit que « là-bas, tout sera plus facile », aurait tout avantage à lâcher les films d’action ou à l’eau de rose américains et à se plonger dans les films d’auteurs de Kéchiche, compatriote parti en éclaireur, pour éviter « la grande dégringolade », la perte brutale des illusions, une fois arrivés dans cet ailleurs idéalisé. Là-bas, « tout ne sera pas plus facile », les problèmes seront différents, voilà tout.

Et nous, spectateurs occidentaux, retenons bien la leçon: nous sommes tous un peu racistes, au fond, qu’on se le dise! Un racisme économique, plus pernicieux puisque dissimulé. Pour s’ouvrir aux autres, il faut leur faire une petite place, céder un morceau de terrain (et dieu sait qu’il y en a des kilomètres et des kilomètres de terrain, par chez nous!)

Les gens venus d’ailleurs ont tant à nous apprendre! Ils nous aident à réactiver des valeurs qu’on a oubliées; la famille, le soutien, le courage, la vaillance. Oubliez les Batman, Robin et compagnie (qui depuis quelques années renaissent de leurs cendres et connaissent un nouvel âge d’or au cinéma grâce à l’engouement d’un public en manque flagrant de héros). À l’ère des stars instantanées, des vedettes plus éphémères que jamais, de l’individualisme à outrance, de « dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es »,  le nouveau héro, c’est l’immigrant.






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